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Michel Chenot

Retraité, collectionneur de stéréo, Polaroïds et appareils divers
michel.chenot(at)neuf.fr

 

 

         
   

Projecteur stereo 6x13

   

Michel, pouvez-vous décrire ce projecteur ?

Michel Chenot : le projecteur à été réalisé en 10 exemplaires en janvier 1980, il comporte deux objectifs de 85mm ouverts à 1/4.5, un ventilateur puissant, deux lampes iode 24v 150w chacune, le transformateur étant intégré, un passe vues type aller/retour à chargement gauche/droite.

Les réglages d'alignement / fusion sont très commodes et permettent un ajustement très rapide lorsque les montages ne sont pas très soignés, ce qui est souvent le cas des vues montées à l'origine pour examen en visionneuse.

A remarquer qu'ici le choix de focales courtes sensiblement équivalentes à celles de prise de vue, permet en réglant la fenêtre des couple à la distance de l'écran (environ 3m) de visionner avec la même perspective, ou angle de champs, que lors de la prise du cliché.

L'ensemble mesure 24x48x32cm et pèse environ 5 à 7Kg. La construction est simple, robuste, très fonctionnelle, la partie optique particulièrement bien étudiée et réalisée. Elle comporte  éclairage, condenseurs, filtrage IR, volet d'occultation, passe vues, montage des optiques, filtres Polaroïds. Les chicanes limitant les fuites de lumière sont aussi très efficaces.

 

Comment êtes-vous entré en possession de ce projecteur ?

C'était en 1980 ; je pratiquais alors la stéréo avec un Sputnik ; j’ai appris au SCF (Stéréo Club de France) qu’une commande groupée de dix projecteurs stéréo 6x13 avait été lancée quelques mois plus tôt. A l' époque ce format était déjà tombé en désuétude au profit du petit format, le double 24x36. Cependant il existait un groupe de mordus qui s'échangeait des vues au niveau national.

La difficulté pour ce format est que tout deviens lourd et encombrant : imaginez les colis de plaques souvent montées sous verre, lourds et fragiles, envoyés par la poste… et pour la prise de vues, pensez que les appareils font en gros la taille d’un Rolleiflex tenu à l’horizontale.

Se posait évidemment la question de la projection ; étant donnés les résultats atteints sur ce grand format avec une visionneuse, on pouvait rêver d'une projection collective sur écran. A ma connaissance il n’existait pas à l’époque de projecteurs 6x13 de conception moderne ;  je pense que les gars du SCF ont du l’inventer en définissant un cahier des charges reprenant tout ce qu'ils pouvaient imaginer de mieux à partir de leur expériences individuelles et collectives... au SCF on ne manque pas d’idées ni d’esprit de réalisation. Ils ont consulté un fabricant de matériel d’optique (en Angleterre) pour une série de 10, divisant d’autant les coûts d’études. Le devis est arrivé en octobre 1979, la commande a suivi, puis la livraison effective en janvier 1980. Il restait l'un de ces projecteurs, je l’ai pris.

La grosse molette ronde nickelée qu'on voit ici est le dispositif d'alignement des images ?

Elle agit directement sur l’écartement symétrique des deux objectifs de projection. C’est nécessaire en début de séance pour ne pas trop tirer sur les yeux des spectateurs. Il suffit sans lunettes d’apprécier sur l’écran la distance entre deux points homologues d’éléments figurants à l’infini et de les ramener à environ 6 à 7 cm d’écartement. Cette correction est quelques fois utile pour projeter des vues montées avec une précision aléatoire, vues anciennes d’édition par exemple.

A quoi sert ce volet vertical qu'on voit sur la photographie  ?

Il sert à occulter la fenêtre de projection et se manipule manuellement. Un tel volet est utile pour laisser l’écran noir lors d’un changement de panier, ou pour masquer le passage transversal d’un vue à l’autre, éventuellement le temps de faire un commentaire. Si l’interruption doit se prolonger il est préférable d’éteindre les lampes, ce qu’il faut éviter par contre pour un temps réduit, pour ménager leur durée de vie.

A quoi servent les 3 interrupteurs ?

Celui du bas commande la ventilation, il doit être fermé avant l’éclairage et fermé longtemps après pour parfaire le refroidissement des parties internes. Les deux au-dessus, mettent en marche respectivement les lampes gauche et droite.

Quelle est la fonction du petit levier en haut à droite de l'appareil ?

Il assure, ou corrige en cas de vues mal montées, l’alignement horizontal des deux vues gauche/droite. Cette correction se fait très rapidement et passe presque inaperçue en cour de projection.

Le bouton en bas sur le coté droit assure la mise au point.

Dans la partie optique, quels éléments voit-on de gauche à droite sur l'image ?

On voit deux lignes optiques d’éclairages parallèles relatives à chacune des vues du couple stéréoscopique. Pour chaque on voit de gauche à droite : le miroir parabolique, la lampe halogène à iode de 24 volts 150 watts, la lentille collectrice de lumière, le filtre catathermique, la lentille de convergence, l’hélice de ventilation, la lentille plan convexe de répartition de lumière sur la diapositive, la lame passe vues, le volet d’occultation, et sous le capotage on verrait : l’objectif de 85 mm coiffé du filtre polarisant.

Cela doit chauffer très fort et on craint que le ventilateur ne soit un peu à la peine... vous ne constatez pas de surchauffe lors de l'usage ? Faut-il que les diapositives soient obligatoirement présentées sous verre pour rester planes ?

Au total il y a 300 watts à dissiper. Si je compare aux 500 watts de mes projecteurs ViewMaster ou Revere, c'est peu. Je n’ai pas remarqué de faiblesse de ce coté là. Je pense que le ventilateur est bien dimensionné et surtout que l’air circule bien là où il doit passer pour être efficace.

Les montures carton c’est bien pratique pour l’observation en visionneuse. On est dans du simple, rapide, léger et pas cher... mais en projection, pour ne pas être déçu, il faut un minimum de soin au montage et deux verres dont un traité antiNewton pour la dorsale du film.

Si on est encore plus exigeant il faut des gants tissus blancs, une brosse carbone, un pistolet piezo pour enlever les charges électrostatiques qui attirent la poussière. Ce n’est pas tout : il faut aussi un dispositif de montage, chacun a sa recette, avec ses repères d’alignements, puis un système de maintien (on a que deux mains) et un adhésif approprié, noir, mince, étroit, solide, ne bavant pas, adhérant bien et de bonne tenue dans le temps dans des boîtes qui ne seront pratiquement pas ventilées (relargage des plastifiants).

Enuméré en détail cela peut faire peur mais c’est en fait assez simple, il faut penser son système et avoir tout sous la main au bon moment. Remplacer l’improvisation par l’organisation.

La température ? Tout ce qui précède en tient compte. Effectivement regarder des vues stéréo n’est pas regarder un simple diaporama de vues simples (plates) cadencé à 5 ou 6 secondes. J’ai souvent remarqué que l’examen de chaque couple stéréo dure souvent de 12 à 15 secondes voire d’avantage. C’est selon la richesse du sujet en « photo plate », et selon la richesse des sujets en stéréo. Pour être réussie, en général, une photo en relief doit présenter une diversité de détails situés en différents plans sur lesquels s’attarde tour à tour le regard. Comme en stéréo la vue est exposée plus longtemps à la lumière et chauffe d’avantage,  le montage sous verres est nécessaire pour conserver la planéité, gage de netteté.

Quels objectifs utilisent ce projecteur ?

Pour des raisons que j’ignore mais que je crois économiques les optiques choisies sont des objectifs d’agrandissement pour le format 6x6. L’avantage est qu'elles supportent l’échauffement et présentent un encombrement réduit. Pour la projection familiale, vraisemblable critère de définition de ce projecteur, ce choix est justifié. Avec le faible recul permis par les logements actuels, 3 à 4 mètres, les focales de 85mm permettent un angle de champs couvrant un écran courant de 1,40 m à 1,60 mètre.

Cette focale est sensiblement équivalente à celle utilisée lors de la prise de vues ; par exemple 75mm pour le Sputnik. En réglant au montage la fenêtre à environ 3 mètres, on retrouve la distance d’observation à l’écran et au cadre moyen de la perspective observée à la prise de vues. Dans ce cas un ensemble d’éléments concordent entre eux pour restituer une image parfaitement en accord avec la réalité y compris dans sa profondeur, le relief.

Si on le souhaite il pourrait être possible d’utiliser des objectifs plus lumineux, f 2,8 par exemple, et de plus longues focales dans le but de projeter dans une salle plus grande. Dans ce cas il faudrait se procurer des objectifs de projecteurs 6x6, Rollei, Leitz, etc. Mais aussi faire attention à :
- trouver des optiques bien appariées en longueurs focales,
- ne pas dépasser un diamètre des montures de 60 mm,
- avoir des vues bien planes et perpendiculaires à l'axe optique du fait de la moindre profondeur de champs,
- et surtout revoir le réglage en profondeur de la deuxième lentille de convergence du condenseur pour optimiser le rendement lumineux avec les nouvelles focales.

La documentation permet de choisir de régler les objectifs soit à 4,5 soit à 5,6. Pourquoi cette possibilité ? Les résultats sont vraiment visibles ?

Sans doute parce que ce sont des objectifs pour agrandisseurs avec un champs plat mais une meilleure définition vers f 8.

Il n’est pas sur que la couverture soit totale à pleine ouverture et le concepteur à prévu pour les utilisateurs exigeants la possibilité de diaphragmer un petit peu pour parfaire l’étendue de l’éclairement. C’est pourquoi la bague frontale qui change d’orientation avec les clics des diaphragmes et reçoit les porte filtres polarisants a reçu deux repères distincts pour l’orientation des filtres selon les ouvertures utilisées : f4,5 ou f5,6.

Pour ma part j’ai toujours utilisé la pleine ouverture sans gêne perceptible. Il est vrai que mes montages sous verre avec l’adhésif réduisent l’image observable à 52x52 mm, l’objectif couvre bien, mais des images tirées à l’ancienne sur verre, ou à la moderne sur plan film, avec un châssis transposeur d’après un couple de négatifs donnerait bien deux 60x60 mm sur un format 60x130 mm ; dans ce cas ce serait utile.

La feuille de maintenance ne parle que du changement des lampes. Il n'y a pas d'autre entretien ?

Non à par le dépoussiérage, classique sur ce genre d’appareils. Les lampes sont d’origine et je pense qu’elles doivent êtres assez faciles à trouver, du type des 24 volts pour poids lourds - au moins en 100 watts c’est sûr. Le model est identique aux lampes pour antibrouillard, à bulbe et deux picots. Par contre pour une utilisation en 200 watts ou plus il faudrait vérifier les limites du transformateur.

Au total que pensez-vous des performance de votre projecteur ? Le 6x13 donne-t-il en projection un résultat vraiment supérieur aux formats plus modestes ? On peut projeter à combien de spectateurs et sur un écran de quelle taille ?

Pour mes projections familiales cela ma convient parfaitement. J’ai d’autres projecteurs dans d’autres formats, tous me conviennent aussi parfaitement chacun dans leur domaine, pour ne pas les citer : ViewMaster disques avec vues 12x10 mm, Revere ou Realist montures 41x101 mm pour vues 23x24 mm et 24x30 mm, Fed montures 50x100 mm pour vues 24x30 mm et 24x36 mm et peut être 40x40 mm aussi.

La projection 6x13 cm améliore nettement le problème des poussières projetées qui s’opposent farouchement au confort en stéréo. Au delà l’image - si elle est bonne - est beaucoup plus limpide et profonde. A mon avis en stéréo tout ce qui est vu doit être net avec une petite tolérance cependant pour des filés légers illustrant un effet de déplacement, pour les motos, les voitures par exemple, mais il convient de bannir absolument les effets dits de flou artistique.

La projection est rarement solitaire, pour ne pas ennuyer il faut être sévère quand au choix des vues à projeter et éliminer impitoyablement toute celles qui ne présentent pas un intérêt évident. Il sera toujours possible de recycler les vues de moindre intérêt pour constituer des ensembles à part qui seront susceptibles d’être projetées dans d’autres circonstances.

L’écran est un élément important du résultat quel que soit le format des couples. De ses qualités de réflexion dépend en grande partie le nombre de spectateurs envisageable.
Un écran métallisé (pour ne pas dépolariser les faisceaux du projecteur) peut être lisse, dans ce cas quatre spectateurs de front à 3,5 m d'un écran de 1,6 m de large est possible ; on placera six ou sept spectateurs face à un écran alvéolé (comportant des stries longitudinales verticales profils concaves ou en v) qui augmente l’angle de réflexion horizontal avec un peu de perte lumineuse toutefois.
Pour ma part j’ai déjà projeté à sept à huit personnes avec un recul de 4 m, mais je ne suis pas sur que toutes aient vues les mêmes images, car il y a une position optimale d’observation en fonction des focales du projecteur et de sa distance à l’écran, tout comme au cinéma d’ailleurs.

En fait il ne faut pas trop se poser de questions, des photos bien prises, bien montées, en projection c’est le pied. Si on en prend le temps on peut toujours améliorer.

Les photos stéréo ont quelque chose d’éphémère, elles n’entrent pas dans un album (ou rarement), on ne les encadre pas comme une photo ordinaire, elles se regardent simplement au stéréoscope, ou mieux en projection, puis on en garde le souvenir jusqu’à la prochaine fois.

Cela ne marche pas comme la photographie plate qui se regarde en toutes circonstances, sur un bureau, dans un portefeuille, dans un album, au mur, sur le piano…à la prise de vue on en tient compte, on ne prend pas le même sujet de la même façon, et peut être ne présente-t-il aucun intérêt dans l’une de ces façons.

 

On voit ici l'ensemble de votre "système" 6x13. Que pensez-vous de votre Sputnik ? Que pensez-vous de la visionneuse en bois ?

Le Sputnik est un appareil Russe des années 50/60 monobloc construit en Bakélite. Il est issu du jumelage de deux Lubitel. C'est un appareil à la fois très simple et très complet.

Ses deux défauts sont :
- la fragilité des ouvrants du dos qui si on force un peu ou s’il tombe ouvert risquent de casser sèchement,
- et la déplorable conception du viseur réflexe bâclée pour raison d’économie - je comprends, mais c’est inutilisable en l’état.

Ses qualités :
- deux bons objectifs Industar f4,5 de 75 mm du type quatre lentilles en trois groupes (formule Tessar) traitées, sans distorsions, avec un bon piqué un peu sec mais détachant bien les plans en stéréo.
- les mises au point couplées par engrenages avec l’objectif du viseur.
- des obturateurs solides et solidaires assurant une bonne synchronisation du flash à toutes les vitesses.
- heureusement les volets du capuchon du viseur renferment un viseur sportif utilisable lui, ainsi qu’une loupe de mise au point sur un disque dépoli au centre de la lentille de visée du type aérienne (comme les vieux foldings 6x9 de années 40).

Finalement je n’en pense que du bien du Sputnik en dépit de sa réalisation un peu trop économique.

Les résultats obtenus sont très bons, même la nuit au flash.
Je l’ai un peu amélioré en ajoutant un sabot pour flash avec synchro centrale et un niveau d’eau. J’ai aussi réuni les éléments pour le doter d’un vrai dépoli de mise au point avec lentille de Fresnel et un objectif un peu plus lumineux à la bonne focale (elle est plus courte que celle des objectifs de prise de vue, le dépoli faisant environ 45x45 mm), mais je n’ai jamais pris le temps de monter ces éléments et aujourd’hui, n’ayant plus de Sputnik de secours au cas ou, je ne m’y risque pas.

Le stéréoscope, Sulfise et Molitor est ce que j’ai trouvé de plus parfait jusqu’à aujourd’hui, même si j’en quelques autres aussi de bonne qualité. Celui là permet de visionner des couples translucides devant un fond finement dépoli, ou des cartes opaques avec un éclairage par projection de lumière avec le miroir de renvoi incorporé sur le dessus. Mais ses grandes qualités proviennent de ses oculaires à quatre lentilles de grand diamètre autorisant sans restriction le port de lunettes pour l’examen sur toute la largeur du champs.

Les réglages par pignon-crémaillère concernent l’écartement interpupillaire des oculaires et la mise au point sur une grande profondeur, le tout avec le gras d’un rampe hélicoïdale de Nikon… Très belle réalisation, un enchantement.

Si je suis seul je crois préférer la vision dans cette boîte à la projection sur écran ; c’est plus lumineux et je rentre réellement dans le sujet.

Le petit défaut de la projection est l’asservissement aux lunettes polarisantes et la perte de lumière qui s’ensuit. Tout cela reste très beau et je garde le souvenir de merveilleuses projections au SCF et au stéréo club Kodak.

 

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Dernière mise à jour : 2011

   
             
             
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