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Bill Hibbert

12 quai Victor Huho
11100 Narbonne
France
+33(0)4 68 75 02 51



Né il y a bien trop longtemps à son gré à Manchester (Grande Bretagne), Bill commence à travailler à l'âge de 17 ans en s'employant à créer des procédures bureautiques pour un des premiers systèmes d'ordinateur commercial apparu sur le marché. Il passe trente ans à concevoir, développer et organiser des systèmes de communications de données tout autour du monde - en Grande-Bretagne, à Hong-Kong, en France, en Australie etc. - et en 1987 il crée un cabinet de conseil en Technologie de l'Information avec un groupe d'amis. En moins de 10 ans le CA du cabinet spécialisé dans le support au management et dans le management de projet, atteint plusieurs millions d'Euros. Il le quitte en 1999 pour restaurer 2 maisons, amasser une collection de photographies et de livres, produire Hidden Depths, prendre un grand nombre de photographies personnelles et, plus généralement, du bon temps.
www.designforlife.com
info2u@designforlife.com

         
   

Hidden Depths : Jacques Henri Lartigue en stéréoscopie

   

(Interview originale en anglais - Traduction Henri Peyre)


Hidden Depths

Bill, vous présentez une sorte de boîte stéréoscopique sur Jacques Henri Lartigue. Voilà un bel et étrange objet… qui êtes vous ? Un éditeur ? Un designer ? Comment vous est venue l’idée d’un objet pareil ?

Bill Hibbert : J'ai travaillé dans les technologies de l'information, si bien que je n'ai pas de culture photographique autre que l'intérêt assez général que peut en avoir l'amateur. Malgré tout, après avoir pris une retraite anticipée, j'avais commencé à collectionner la photographie, finissant par avoir une collection hétérogène de photographies que j'aimais. Au fur et à mesure que le temps passait, je commençais à trouver que le prix de la photographie de collection augmentait d'une manière déraisonnable (au moins c'est ce que je pensais à l'époque - en comparaison avec les prix d'aujourd'hui ces prix apparaissent vraiment bon marché ! ), aussi je décidais de changer mon fusil d'épaule et de collectionner les livres, à peu près exclusivement les monographies photographiques.

Un de mes photographes préférés était Lartigue, et j'accumulais peut-être 30 de ses monographies. Dans l'entretien d'introduction de l'une d'entre elles, Les autochromes de Jacques Henri Lartigue, Jacques disait que nombre de ses photographies les plus anciennes avaient été prises en stéréo et regrettait qu'à cause de la difficulté de la reproduction il soit impossible de les montrer en 3D. Cela fit tilt, parce que quelques mois plus tôt j'avais acheté des vues stéréoscopiques de la première guerre mondiale et une visionneuse sur un marché aux puces de Bruxelles : l'impact que pouvaient avoir ces visions désolées des champs de bataille des Flandres m'avait stupéfié. Je pense qu'on ne peut pas imaginer tant qu'on ne les a pas vues ce que peut être la puissance de ces plaques en verre stéréos, surtout quand leur médium physique - dans ce cas des verres fatigués et griffés en noir et blanc - coïncide aussi exactement avec les tranchées mornes et boueuses et les arbres brûlés des champs de mort de la première guerre mondiale.

C'est ainsi que je décidais que la prochaine fois que je serai sur Paris j'irai à l'Association des Amis de Jacques Henri Lartigue (comme elle s'appelait à l'époque) et verrai ses stéréos en vrai. Bien entendu c'était sans espoir. L'Association était en plein bilan ; tout le monde était fiévreusement attelé à la tâche ; et personne n'avait le temps de montrer des archives à l'Anglais ignorant que j'étais, une tâche à laquelle personne de toutes façons n'était préparée. Malgré tout, Martine d'Astier, la Directrice, prit gentiment le temps de me parler un peu des archives, me montra quelques tirages, et me donna rendez-vous à un moment plus calme. Je revins, si ma mémoire est exacte, quelques semaines plus tard, et on me montra des vues transparentes, encore dans leurs boîtes originales ; il me fut donné plus d'information à propos des archives - 100.000 images, plusieurs milliers de vues stéréoscopiques sur verre (personne ne savait exactement combien) dans des formats variés, 300.000 objets au total.

Tout le monde aimait les vues stéréos, tout le monde attendait de les voir publiées, mais les difficultés techniques et l'étroitesse du marché probable faisait qu'aucun éditeur n'avait exprimé d'intérêt pour le projet. Une boîte de 12 vues stéréoscopiques avait été imprimée et publiée en petite quantité par l'Association (Le Troisième Œil), mais avait coûté tellement en frais de production qu'il avait été perdu de l'argent sur chaque. Comme je prenais congé je me souviens avoir dit que je pourrais peut-être justement réaliser un livre de photographies stéréoscopiques... notez qu'à ce moment je ne connaissais rien à la stéréo, rien au design de livre, à la production, à la publication ou au marketing, en fait rien de tout ce qui pouvait être raisonnablement utile sur un sujet pareil. Les seules visionneuses que j'avais jamais vues étaient les Viewmasters de mon enfance et la petite boîte que j'avais achetée à Bruxelles, et les seules vues étaient celles que j'avais eues avec. En dépit de cela, je commençais à réfléchir à l'aspect de chacun des éléments, présentait des maquettes à Martine d'Astier pour prouver que j'avais un peu de sérieux, et finalement j'obtins la permission de scanner toutes les vues stéréoscopiques. Cela me prit plusieurs semaines ; je scannais quelques 5000 négatifs en verre à la suite de façon quasi industrielle.


Une des 100 photographies en relief présentées dans Hidden Depths : au recto, juste au-dessus de la vue, un commentaire de Lartigue lui-même, tiré de ses carnets ; au verso : des informations sur la situation du photographe au moment de la vue... beau travail iconographique et très pratique à suivre !

Parlons du contenu de la boîte : on y trouve 100 cartes stéréo, un livre de 32 pages et un stéréoscope…

En produisant Hidden Depths, je voulais absolument que cela soit un ensemble complet - des images belles et intéressantes, une superbe visionneuse, qu'il y ait des informations sur Lartigue et sa vie, et juste un peu d'information sur la stéréo et comment cela marche. La biographie et l'information concernant la stéréo sont dans le livre, et chacune des images porte du texte venant des Mémoires de Lartigue, qui est maintenant épuisé et pas facile à trouver. J'ai tâché d'ajouter un contexte à l'histoire de l'image au verso de chaque carte, de sorte qu'elles puissent être lues comme un livre ou examinées au hasard, au choix. Le plus gros problème à régler, de loin, était celui de la visionneuse. J'ai d'abord essayé de réaliser une visionneuse pliante qui rappelle un stéréoscope Holmes ; j'ai construit nombre de prototypes mais la grande quantité de contraintes - réaliser quelque chose de pas cher en grandes quantités, obtenir quelque chose de suffisamment petit pour ne pas coûter cher à l'envoi, facile à assembler, et donnant des images de haute qualité - m'a submergé, et j'étais sur le point d'abandonner lorsque sont arrivées à la fois l'idée géniale d'utiliser du polypropylène en feuille pour la carcasse de l'engin et l'immense chance de tomber sur un lot conséquent d'excellentes lentilles à un prix raisonnable sur e-bay. De là vient le design actuel de la visionneuse, qui non seulement satisfait à tous les pré-requis, mais est également robuste et offre une image lumineuse et sans ombre.

Jacques Henri Lartigue a-t-il beaucoup travaillé en relief ?

Comme déjà dit, il y a pas loin de 5000 négatifs stéréoscopiques dans les archives Lartigue, la plus grande majorité au format 6x13, pris entre 1905 et 1928.

Nombre de ses images les plus célèbres ont été prises à l'origine en stéréo, dont par exemple les photos de l'envol de Bichonnade, de Gabriel Voisin réalisant le premier vol au-dessus du sol Français, et de Zissou, le frère de Jacques, posant en fantôme sous la véranda de la maison. Lartigue a pris environ 5% de toutes ses photos en relief, mais ces photographies représentent pas loin de 25% des photographies publiées, puisque les premières photos ont été republiées sans arrêt, tandis que les travaux postérieurs étaient très peu montrés.

Il est clair que Lartigue aimait particulièrement les vues stéréoscopiques, et je pense que la raison tient dans ce qu'elles avaient le pouvoir de le ramener en arrière jusqu'à l'événement original bien mieux qu'un tirage plat ne pouvait le faire.

Sur quels critères avez-vous choisi les images proposées ?
Comment s’est effectuée la sélection ?

A partir des 5000 négatifs (plus quelques positifs dont les négatifs avaient disparu) que j'ai scannés, j'ai réalisé une longue liste d'environ 800 des meilleures images et je les ai imprimées. Cela fait un livre merveilleux à regarder et donne une réelle indication du haut niveau de qualité des photographies de Lartigue, et la liste aurait pu être deux fois plus longue.

J'ai souvent dit que Lartigue pouvait être raisonnablement tenu pour le plus grand photographe en stéréo de tous les temps. Cette affirmation est invariablement accueillie par une moue sceptique, mais personne n'a jamais tenté de me donner le nom d'un autre qui ait pu produire autant de vues stéréoscopiques de la même qualité. J'attends toujours. En fait le travail de Lartigue de cette période est intrinsèquement en stéréo. On regarde une photo stéréoscopique différemment de la façon dont on considère une image plane - cette dernière est plus éloignée de l'expérience réelle, si bien qu'elle est inévitablement regardée de façon plus intellectuelle, tandis qu'une bonne vue stéréoscopique tend à vous projeter dans le cadre - c'est plus immersif, plus impliquant, plus émotionnel, si bien que le style relâché, intime, de Lartigue, marche très bien dans la visionneuse 3D.

Dans la sélection finale, j'ai essayé de couvrir tous ses centres d'intérêt - la famille, les amis et les amours, les mannequins, les sports, les voyages à la mer et les villégiatures au ski, les voitures et les avions - et autant que possible sur toute la période durant laquelle il a travaillé en stéréoscopie. J'ai tâché également de mettre quelques images fameuses, de sorte qu'on puisse comparer avec les versions publiées (qui sont souvent très différentes), et j'ai mis un certain nombre d'images nouvelles qui n'avaient jamais été publiées auparavant. Enfin j'ai pensé qu'il était important de sélectionner des images qui ont une bonne profondeur et sont belles en stéréo - c'aurait été une opportunité manquée si j'avais montré des photographies "plates", aussi belles soient-elles.


Le livret de 30 pages : il comporte une introduction à l'œuvre de Jacques Henri Lartigue et à la place qu'y prend la photographie en relief ainsi qu'une introduction technique à cette dernière

La finition est jolie, les boîtes sont numérotées. Elles risquent d’intéresser les collectionneurs… Vous avez pensé à eux ?

Merci ! J'ai pensé dès le début que l'édition intéresserait plus les collectionneurs que le grand public, et c'est effectivement le cas. La vente est bien entendu difficile en librairie parce qu'il faut une bonne lumière et une bonne taille de linéaire, et aussi parce que cela exige une visionneuse et des vues de démonstration, ce qui n'est pas évident du point de vue de l'équilibre financier, si bien que l'homme de la rue qui pourrait s'y intéresser n'est pas près d'y avoir accès.

Je pense que c'est un bon achat pour les collectionneurs. L'édition est en tirage limité et chaque exemplaire est numéroté ; il n'y aura pas de réédition donc c'est l'occasion ou jamais ; autant le photographe que la technique de la stéréoscopie sont d'un grand intérêt, en dépit du fait que cette dernière soit malheureusement négligée par les historiens actuels de la photographie ; et je pense que le livre comble un vide important dans la documentation disponible.

C'est aussi (je pense !) un grand plaisir de lire cet ouvrage, et une véritable découverte pour quiconque est intéressé par la photographie et n'a jamais approché la stéréoscopie.

Vous êtes Anglais, votre site est en anglais. Mais si un lecteur de photo-stereo veut acheter Hidden Depths et qu’il va sur la boutique de votre site, dans le lien « Commercial », il va découvrir un téléphone français et une adresse à Narbonne. Vous vous êtes installé en France ?

Oui - nous sommes presque voisins ! Je me suis installé ici depuis presque un an, même si j'ai toujours un pied en Grande-Bretagne, et j'en suis très heureux. J'ai passé une bonne partie de ma vie à l'étranger, surtout dans des pays francophones, donc vous pouvez imaginer que je suis un francophile qui adore le climat, la culture, la langue (en dépit du fait que je n'arrive pas encore à parler correctement) et les gens de France, mais je trouve aussi tout simplement que vivre en dehors de son environnement naturel enrichit les expériences de chaque jour où qu'on se trouve.

Evidemment, j'aurais aimé que Hidden Depths ait été au moins bilingue anglais et français, mais hélas je ne pouvais faire la traduction moi-même et ne pouvais me permettre de payer un professionnel (l'ensemble du projet a été auto-financé). Quoiqu'il en soit, l'ensemble du texte original en français est disponible dans un fichier pdf sur mon site web, ce qui est au moins une petite concession faite aux sensibilités francophones.


Le stéréoscope : une vraie petite merveille d'invention à monter soi-même. Les parois transparentes permettent d'observer le relief avec un maximum de lumière !

Vous avez choisi pour votre site et pour le livre un nom d'éditeur "design for life". La visionneuse est superbe, la présentation des fiches d'une grande sobriété et d'une grande intelligence. L'ensemble apporte un superbe confort de consultation pour un prix incroyablement serré. On est dans une économie du design qui est extrêmement réussie. Allez-vous tenter d'autres opérations de ce genre ? C'est ce que laisse penser le nom du site ?

Merci de la gentillesse de vos commentaires - la réalisation de Hidden Depths a pris beaucoup de mon temps ces dernières années, et la plus grande partie de ce temps n'a pas été consacrée à la conception originale mais à des améliorations continuelles. J'ai une quantité infinie de versions de la visionneuse en carton (plus facile à travailler que le polypropylène), chacune un brin meilleure que la précédente, et j'ai appris à mes dépens que des changements minuscules de typographie ont un énorme effet subliminal concernant l'apparence et la lisibilité du texte. C'est un grand plaisir de voir que cet effort n'a pas été gaspillé en vain.

Curieusement j'avais originellement choisi le nom de "Design for Life" pour une autre de mes tentatives - une société de design de meubles ! J'y ai travaillé à temps partiel pendant un ou deux ans avec un de mes amis, mais en dépit du fait que tout le monde adorait les meubles, très peu de gens les achetaient, si bien qu'à mon grand regret nous avons dû arrêter l'affaire ; au moins j'y ai gagné d'avoir une maison très bien meublée. Cependant je possédais encore la société, "Design for Life Ltd", et dans la mesure où son nom pouvait s'appliquer à pas mal de choses, il semblait censé de continuer à l'utiliser pour le projet suivant.

Je travaille à l'heure actuelle sur plusieurs projets, dont deux ont à voir avec la photographie stéréoscopique. Je préfère ne pas trop en parler pour le moment, mais je suis persuadé que leur publication sera bien accueillie par l'ensemble de la communauté photographique, et par les photographes du relief en particulier. Tous ceux qui achèteront une copie de Hidden Depths sur mon site recevront par mail des informations quand il y aura du neuf, et bien entendu je tiens le site à jour en ce qui concerne les nouveaux développements... donc surveillez !

Dernière modification de cet article : 2009

Cet article a d'abord été publié sur le site www.galerie-photo.com

 

   
             
             
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