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Catherine Auguste

ancienne élève des Beaux-Arts de Paris
designe et décore des cabinets de curiosités
www.cabinet-maker.com



 

 Merci à

David Romeuf

Informaticien, analyste programmeur en informatique industrielle et scientifique. Astronomie, Stéréoscopie.



www.david-romeuf.fr
David.Romeuf(at)laposte.net

 

 

         
   

L’anaglyphe, un procédé à la portée de tous ?

    par Catherine Auguste

L’anaglyphe, qui signifie « sculpté ou ciselé en relief » en grec, reste le moyen le plus simple pour la réalisation de vues stéréoscopiques. C’est pourquoi les magazines, généralement de vulgarisation scientifique ou à destination des enfants, proposent régulièrement aux lecteurs des vues anaglyphes dont le relief est restitué par le port de lunettes filtrantes rouge/cyan : on scrute avec étonnement ou déception la lune, les petites bêtes en 3D, les sportifs en action ou la nature accidentée… Le web n'est pas en reste et l’on y trouve une profusion de vues en tous genres, des photos de vacances aux photomontages surréalistes de plasticiens. L’anaglyphe est incontestablement le procédé de mise en relief le plus répandu, le plus « vulgarisé ». L’engouement du grand public pour cette forme de mise en relief date des années 1920 avec les annonces publicitaires ou les documentations pour l’enseignement et le tourisme. Ces vues stéréoscopiques suscitent le plus souvent notre curiosité au détour d’une page mais posons-nous la question : déclenchent-elles une émotion esthétique ? Le procédé permet-il la contemplation ou bien ses propres limites techniques nous condamnent-elles au simple étonnement ? Voyons-y de plus près…

Historique

En 1853, Wilhelm Rollmann (Allemagne) présente des dessins stéréoscopiques jaune et bleu observés à travers des verres bleu et rouge. En 1858, Joseph Charles d’Almeida (France) projette des stéréogrammes photographiques sur écran à l’aide de deux projecteurs équipés de filtres rouge et vert ; les spectateurs portant eux-mêmes des verres colorés. En 1891, Louis Ducos du Hauron (France) met au point la superposition de deux images rouge et bleue sur papier et baptise son procédé du nom d’ « anaglyphe ». Le procédé est peu exploité en France jusqu’aux années 1920. En 1923, Léon Gimpel (France) réalise une image anaglyphe de la lune à partir de plaques autochromes de l’Observatoire de Paris ; l’image, accompagnée d’un lorgnon bicolore, est publiée dans L’Illustration. Ce succès populaire déclenche la mode des anaglyphes imprimés notamment dans la publicité, le tourisme, l’enseignement… Quelques tentatives de projections continuent jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Nous sommes alors à l’invention des filtres polarisants, plus confortables car ils permettent la restitution des vues stéréoscopiques en couleurs naturelles.

Un matériel à la portée de tous

L'expérience de l’anaglyphe peut-être tentée à moindre frais aujourd’hui car nombreux sont ceux qui disposent déjà du matériel requis :

- un appareil de prise de vue stéréoscopique ou appareil photographique normal monté sur rail pour permettre le décalage des deux vues,
- un logiciel de retouche image pour la séparation des couches de couleurs et superposition des deux vues décalées, on peut en télécharger des gratuits sur le net,
- une imprimante photo, un écran d'ordinateur ou un écran de projection (dans ce cas il faut ajouter le matériel de projection) pour le visionnage,
- des lunettes anaglyphes avec filtre rouge/cyan qui peuvent s’acheter en lot sur le net ; on les trouve souvent aussi dans les pages des magazines (mais elles n'y sont pas souvent de bonne qualité).

Le principe de la synthèse soustractive

Un anaglyphe est une image stéréoscopique composée de deux vues superposées légèrement décalées. Les deux vues sont de couleurs complémentaires, généralement la vue gauche en rouge et la droite en cyan. La vision en relief est restituée par le port de lunettes bicolores : le filtre rouge pour l’œil gauche et le filtre cyan pour l’œil droit.

Le principe de l’anaglyphe réside dans le fait que certaines couleurs sont invisibles à travers un filtre coloré donné : c'est le principe de la synthèse soustractive. Le filtre rouge du verre gauche de la lunette rend sombre l’image cyan, si bien que l’œil gauche ne perçoit qu'elle, et rend claire l’image rouge, qui disparait. L’effet est inverse pour l’œil droit et le filtre cyan. Le cerveau recompose alors le relief à partir des points communs de ces deux images superposées.

Selon la règle des complémentaires, on pourrait aussi utiliser des lunettes jaune/bleue ou rose/vert mais la combinaison rouge/cyan est celle qui donne le maximum de contraste et donc de lecture du relief.

La qualité des filtres est indispensable pour éviter l’apparition des images fantômes. Celles-ci apparaissent si, par exemple, le filtre rouge laisse passer un peu du rouge de l'image du fait de sa mauvaise qualité ; nous aurons alors l’impression de voir des éléments en rouge en double et en décalé, les éléments rouge à gauche sur l'image, normalement destinés à la vue par l'œil de droite, parvenant également à l'œil de gauche.

Les anaglyphes sont en noir et blanc. On peut cependant réaliser des anaglyphes couleur mais le rendu des couleurs est souvent décevant. Les couleurs sont soit pâles, soit désaturées, rendant l’ensemble souvent terne : le rouge tend vers le marron, le bleu vers le violet, le jaune vers le vert vif... Que reste-t-il d’un beau ciel bleu avec quelques nuages blancs en pompon en vue anaglyphe? Du relief mais pas ce bleu azur à cause de la perte d’intensité colorée. C’est sans doute sur ce point, celui des couleurs, que l’anaglyphe atteint ses limites.

Exemple : Deux anaglyphes de très bonne qualité
commentés par leur auteur (David Romeuf)

Nous avons demandé à David Romeuf de présenter ici deux de ses anaglyphes et d'en faire le commentaire.

Premier exemple


© David Romeuf - le cratère du Puy Pariou (Chaîne des Puys)

Nous voyons ici la vue du cratère du Puy Pariou en direction du Puy de Côme, deux des volcans emblématiques de la chaine des Puys. Pour cette image, j’ai utilisé en deux temps, un Canon EOS 350D avec un objectif Canon de 10mm (grand angle). La base entre les deux images est de 40 cm. Comme les premiers plans sont très proches pour la base, et pour pouvoir faire encaisser ce fort relief, j’ai monté l’image stéréoscopique de manière à faire jaillir le premier plan (les bruyères). Pour ne pas provoquer la faute stéréoscopique de la violation de fenêtre, j’ai réalisé une découpe de cohérence stéréoscopique qui consiste à supprimer sur chaque bord ce qui n’est pas visible par les deux yeux (uniquement dans la partie en jaillissement). C’est une manière de rendre l’image parfaitement cohérente pour le cerveau, conforme à la vraie vision, comme sur ce schéma :

© David Romeuf - Schéma général de la vision en relief
a & e : zones dont le cerveau ne reçoit aucune information
b : zone visible de l'œil gauche uniquement
d : zone visible de l'œil droit uniquement
c & f : zones dont le cerveau reçoit de l'information par les deux yeux

On trouvera plus de commentaires sur cette page  : La fenêtre stéréo et le volume disponible pour le relief, Montage des images en relief, des anaglyphes ; Formation de la profondeur d'une image relief, Position idéale d'observation.
En fait, le but est de restituer uniquement le volume stéréophotographié par l’intersection des deux prises photographiques. J’ai utilisé Stéréophomaker pour l’alignement et PhotoShop pour la finition.

2ème exemple


© David Romeuf - le téléphérique du Pic du Midi

Il s’agit de la cabine et du dernier pylône du téléphérique au sommet du Pic du Midi. L’effet « d’aspiration » du spectateur par l’image fonctionne bien avec cette vue. Elle a été réalisée au moyen de deux photographies simultanées avec deux EOS350D et un objectif de 55mm. La synchronisation des deux appareils était obligatoire puisque la cabine était mobile. Pour cette image j’ai utilisé le déclencheur infrarouge interne aux EOS350D. La base entre les deux appareils était de 40 cm. Ici le montage est à la fenêtre, il n’y a pas de découpe de cohérence. Cette image est alignée avec le logiciel Anabuilder, puis retouchée dans Photoshop avec un filtre passe haut (plus net).

Avantages et inconvénients des anaglyphes

Au nombre des avantages :
- la taille illimitée de l’anaglyphe, on peut travailler le grand format,
- la multiplicité des supports : anaglyphes imprimés, projetés sur écran ou visualisés sur ordinateur,
- la possibilité de créer facilement des images anaglyphes à partir d’un logiciel de retouche photo (séparation des couches de couleurs pour chaque vue du couple stéréoscopique),
- le faible coût de fabrication d’anaglyphes et de restitution du relief avec les lunettes anaglyphes,
- la bonne perception du relief si le couple de vues est bien préparé.

Parmi les inconvénients :
- le port d’une prothèse pour la restitution du relief : les lunettes anaglyphes ; ce n'est pas toujours simple lorsqu'on porte soi-même des lunettes correctives,
- les lunettes ne sont pas toujours de bonne qualité ce qui induit une mauvaise séparation des deux images superposées par le cerveau. Chaque œil voyant un peu de l’image de l’autre, apparaissent alors des images « fantômes » qui fatiguent et réduisent l’impact de l’effet relief. La qualité des filtres est donc primordiale,
- les lunettes adaptées à l'écran d’ordinateur ne sont pas forcément adaptées aux anaglyphes imprimés,
- une restitution des couleurs naturelles faible, surtout pour l’œil d’un peintre ou d’un tatillon de la nuance,
- un principe peu adapté aux images couleurs dans le cas où un élément photographié possède une couleur proche de celle d’un des filtres ; cet élément sera vu très clair par l’œil portant ce filtre et au contraire très foncé par l’autre d’où un phénomène de clignotement. Il faut alors préférer des lunettes à filtre jaune/bleu peu fréquentes sur le marché,
- une réelle fatigue oculaire, venant le plus souvent à cause de lunettes anaglyphes imparfaites, peut donner des maux de tête ; ils s'ajoutent à ceux que donne naturellement un éventuel défaut de préparation du couple stéréoscopique. Choisissez les lunettes en plastique avec des verres filtrants plutôt que de vous contentez de celles en carton ; elles sont plus stables sur le nez, le cerveau se fatigue moins à accommoder.

En conclusion : contemplation ou révélation ?

Le jeu créatif de l’anaglyphe est ouvert à tous même s’il nécessite de la rigueur dans l’exécution. Vous trouverez en bas de cet article quelques liens pour vous aider dans vos premiers pas.

Mais passée cette « facilité » posons-nous les question suivantes : a-t-on plaisir à regarder un anaglyphe (papier ou écran) ? Quelle émotion en retire-t-on ?

Bien sûr, les conclusions tirées demeurent mon seul point de vue. J’ai regardé avec attention des dizaines d’anaglyphes et ceci jusqu’à l'écœurement, au sens propre du terme : les anaglyphes de mauvaise qualité technique inondent malheureusement le net et la presse papier ; on voit trop d’images fantômes, trop de clignotement, trop de faiblesse des lumières… ce qui laisse penser que la facilité apparente du procédé conduit à une abondance de vues très moyennes du point de vue du confort visuel. J'ajoute à la critique le peu de sujets intéressants pour l’expression du relief. Mon premier constat, celui d’une simple spectatrice, est triple :

1/ On observe un manque de raffinement assez général, dans la prise de vue, en ce qui concerne la lumière ; pourtant le travail photographique n’est-il pas à l'origine un travail sur cette dernière ?
2/ Les couleurs sont souvent mal restituées, ce qui constitue une frustration réelle pour un œil de peintre ou un amateur de nuances. L’œil gauche voit juste en rouge ce qui implique une absence de nuances de couleurs pour lui : il ne perçoit que de la luminosité. L’œil droit navigue dans le bleu et le vert (le cyan) ; des nuances apparaissent, mais sans le rouge. Au final, les orangés sont absents et les jaunes tirent vers le vert. Si bien que les anaglyphes ont des couleurs un peu « passées » et nous les apprécions alors avec la même nostalgie que celle que nous suggèrent les cartes postales peintes : celle d’un temps passé qui fut heureux
3/ L'inconfort visuel conduit à une fatigue oculaire. On touche là le problème principal de l’anaglyphe et le rapport à la contemplation. L’inconfort visuel amoindrit le plaisir qu’on aurait à contempler ce qui est représenté, à goûter les moindres détails, à regarder l'image aussi longtemps qu'un tableau ou une photographie plane haute résolution. Avec le tableau et l'image plane haute résolution, on multiplie les postures : on avance, on scrute de très près, on recule, on se décale, on plisse les yeux pour apprécier les contrastes, etc. Un temps d’observation long est possible et peut induire la méditation. L’anaglyphe empêche cette gestuelle : on risque en changeant le point de vue de ne plus percevoir le relief ou bien de voir complètement rouge, etc. L'anaglyphe impose une distance et une orientation. La fatigue s’installe car le cerveau, par le biais des lunettes, travaille en permanence à recomposer un relief décomposé. Il y a donc une plus grande difficulté à se placer en « mode contemplatif » même si le sujet prédispose à cet état.

L’anaglyphe doit donc se consommer à petite dose avec la fraîcheur de l’étonnement : celui de la mise en relief ou du fort jaillissement. On est davantage en « mode sensation », comparable à la révélation que procure la loupe sur un texte illisible : nous acceptons de voir la  nouvelle réalité « dilatée » réduite à un angle (il faut bien se positionner en face). Comme avec la loupe, la contrainte des lunettes et du positionnement ne nous accorde guère plus que le temps court de la surprise, de la révélation.

Liens

Les lunettes anaglyphes

Pour faire le test de vos lunettes anaglyphes :
http://www.alpes-stereo.com/lunettes/testelunettes.html
Pour en savoir plus sur les lunettes anaglyphes :
http://www.david-romeuf.fr/3D/Anaglyphes/BonCoupleEL/BonCoupleEcranLunettesAnaglyphe.html
Pour se procurer des lunettes anaglyphes :
http://www.alpes-stereo.com/lunettes.html 

Réaliser les anaglyphes

Conseils techniques pour la réalisation d’anaglyphes :
http://www.david-romeuf.fr/
(tout un répertoire assez complet sur la stéréoscopie ainsi que des anaglyphes bien faites)
http://www.surrealites.com/spip.php?rubrique5
http://www.alpes-stereo.com/liens.html
http://pagesperso-orange.fr/stereoscopie/texte1200.htm 

Logiciels pour créer des anaglyphes :
 Z-Anaglyph : http://rosset.org/graphix/anaglyph/zadown.htm
Anabuilder : http://anabuilder.free.fr/welcome.html
StereoPhotoMaker : http://stereo.jpn.org/fra/stphmkr/index.html
Mais aussi Paint Shop Pro, Photoshop...

Forum avec tutoriel pour anaglyphe :
http://www.panophoto.org/forums/viewtopic.php?f=234&t=4704 

Voir des anaglyphes

Des anaglyphes scientifiques :
http://antwrp.gsfc.nasa.gov/cgi-bin/apod/apod_search
Des anaglyphes de paysages :
http://www.david-romeuf.fr/ 
Des anaglyphes de photomontages ou surréalistes :
http://www.explora.info/pressepix/pressepix4.php
Des artistes qui travaillent en anaglyphes :
Boris Starosta, Ekkehard Rautenstrauch, Alain Dufour qui réalise des anaglyphes panoramiques

 

tous les articles de photo-stereo sur les anaglyphes :
Anaglyphe : une interview de David Romeuf
L'anaglyphe : un procédé à la portée de tous ?

 

Dernière mise à jour : 2009

   
             
             
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