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David Romeuf

Informaticien, analyste programmeur en informatique industrielle et scientifique. Astronomie, Stéréoscopie.



www.david-romeuf.fr
David.Romeuf(at)laposte.net

 

Catherine Auguste

ancienne élève des Beaux-Arts de Paris
designe et décore des cabinets de curiosités
www.cabinet-maker.com



 

 

 

         
   

Anaglyphes : une interview de David Romeuf

    par Catherine Auguste

 


David Romeuf au Puy de Dôme

Depuis quand pratiquez-vous la photo en relief ?

Mon intérêt pour le relief date de mon enfance. Je me souviens très bien de la diffusion du film L’étrange créature du lac noir, le 19 octobre 1982 sur FR3 dans l’émission la dernière séance. Tout le monde cherchait les fameuses lunettes rouge-bleu. C’était un sujet de discussion dans ma cour d’école et, curieux, nous essayions d'en comprendre le fonctionnement. Il s’agit de mon premier souvenir de relief. Par la suite, j’ai visité le Futuroscope, temple technologique de l’image des années 80 et ses salles spécialisées.

Depuis 25 ans, j’ai pratiqué la photo 2D conventionnelle de paysages et monuments, fait des reportages lors de voyages. J’ai beaucoup plus travaillé la technique en astrophotographie. La photographie des astres - très particulière - passait par le travail de masquage sous l’agrandisseur pour diminuer les forts contrastes. Il fallait aussi préparer les films pour l’hypersensibilisation. Mais je me suis très rapidement tourné vers l’imagerie numérique et les traitements d’images (scientifiques) depuis la fin des années 1980 grâce à la révolution des capteurs CCD qui devenaient accessibles au grand public (construction de caméra refroidie, développement de logiciels de contrôle et d’analyse…)

Mon implication dans le relief est partie de discussions avec un ami astronome qui travaillait sur le bi satellite STEREO (Solar Terrestrial Relations Observatory). A l’époque, j’assurais la maitrise d’œuvre de l’instrument solaire CLIMSO (voir CLIMSO 1 et CLIMSO 2). Je voulais reconstituer des documents en relief à partir d’images de la surface solaire (mon intention était purement dans un but pédagogique et illustratif). J’ai monté mon premier anaglyphe début août 2006. Il s’agissait du couplage de deux photographies prises lors de l’installation de l’instrument CLIMSO au Pic-du-Midi sans même vouloir faire du relief. J’ai sélectionné le couple homologue dans une série d’images durant laquelle je m’étais légèrement déplacé sur le côté (d’une dizaine de cm).


© David Romeuf - le Pic du Midi

Voici mon premier anaglyphe. Je l’ai réalisé en chargeant le logiciel AnaBuilder. Cette image me plaisait beaucoup mais lorsque je la regarde maintenant, j'y trouve les fautes stéréoscopiques que tous les débutants produisent systématiquement. Elle est aussi surtout très caractéristique de ce que la plupart des gens attendent du relief, c'est-à-dire que l’objet sorte de l’écran. Que l’image soit spectaculaire immédiatement.  La mécanique de la passion pour le relief s’est enclenchée…

Quelques mois ont passé et début mai 2007, j’ai développé un logiciel de création d’un anaglyphe à partir d’une unique image de la surface du soleil. Et oui, une image et pas deux car j’usais de calculs de déformation de la surface pour simuler une prise stéréoscopique. Le résultat est reproduit ci après ; le but était juste de présenter la boule solaire « dans » l’écran afin de changer de la représentation projetée plate (le soleil est une boule d’1.400.000 km en première approximation observé à 150.000.000 km depuis la Terre).


© David Romeuf - le Soleil (source : www.climso.fr)

J’ai rejoins le milieu des stéréoscopistes anglophones par la liste anaglyphs@yahoogroupes.com fin mai 2007. Puis le milieu des stéréoscopistes francophones en juin 2007 sur l’invitation de Pierre GIDON (http://www.alpes-stereo.com) par sa liste images-stereo@yahoogroupes.fr.

Le milieu est assez intransigeant sur le montage stéréoscopique, et parfois rude. Il a souvent un regard purement technique. Alors la mécanique de la réflexion s’est enclenchée de manière à comprendre ce qui se passe dans le montage stéréoscopique, faire une synthèse et le tri pour améliorer mes productions.

Je pense que je ne me suis pas lancé dans la pratique du relief à l’époque de la photographie argentique à cause de la difficulté de manipulation et du coût. Il fallait être très rigoureux lors des prises de vue, avoir de bonnes mécaniques d’alignement et de calage pour la reproduction. On gaspillait beaucoup de film. Finalement le coût de production et de restitution était élevé. Le milieu a hérité de règles strictes dues à la rigueur nécessaire de l’époque argentique (retouches difficiles, manipulation moins aisée). C’est moins le cas maintenant grâce à la révolution numérique et avec la quasi disparition de l’argentique.

L’imagerie numérique va complètement changer les choses et banaliser le relief. Nous assisterons à un grand développement de la stéréoscopie dans les prochaines années (on en perçoit les prémices et les enjeux). L’image n’est plus qu’une quantité de mémoire dans l’ordinateur. On peut en faire ce que l’on veut très facilement avec les logiciels. On peut créer facilement des montages bien plus originaux et compliqués qu’à l’époque de l’argentique et la diapositive. C’est toute une nouvelle approche artistique de la photographie - en relief - qui va se développer et se banaliser dans les prochaines années. Des artistes hyper créatifs comme Salvador DALI ont produits des œuvres stéréoscopiques (il avait d’ailleurs des lunettes pour anaglyphes dans son atelier de Cadaqués, et il est fort amusant de constater que le surréaliste sans contrainte utilisait une technique réaliste assez contrainte). Il est probable que les futurs artistes numériques passeront par ce réalisme. D’ailleurs, la photographie 2D n’est qu’une vision réductrice, simplifiée et projetée de la réalité. Nous vivons dans un espace, pas projetés sur un plan. Notre perception est dans au moins trois dimensions… il est fort probable que nous nous soyons habitués au 2D par simplification pratique. La photo 2D est une particularité, la photo relief est la réalité. La photographie en relief transporte devant la scène et donne une présence à l’objet.

Il est bien clair que je ne cadre plus du tout comme auparavant en 2D. Lors de la prise de vue, il faut  sentir le relief qui sera reproduit, se déplacer spécifiquement pour introduire des lignes et volumes à travers la scène, penser à placer des objets sur la profondeur. Une image en relief ne se construit pas comme une image 2D classique. On peut aussi jouer sur la base de prise de vue (distance entre les deux prises) pour introduire un effet plus fort ou particulier.

Et pourquoi l’anaglyphe en particulier ?

Pour une raison uniquement d’accessibilité et de coût au départ, de facilité de diffusion à l’Internaute et de définition de l’image par la suite. En effet pour produire, il suffit de deux images numériques (tout le monde en dispose à volonté maintenant). Pour monter, il faut un logiciel (on en trouve des gratuits comme AnaBuilder et StereoPhoto Maker sur l'Internet). Pour diffuser, c’est facile et sans limite au format numérique sur l’Internet. Pour reproduire, il suffit d’un simple écran. Pour observer, il suffit d’une paire de lunettes pour anaglyphe (un filtre rouge et l’autre cyan quasi standard et répandu). Il faut toutefois bien choisir son couple écran-lunettes pour une appréciation optimale. D’autres techniques meilleures pour le rendu des couleurs nécessitent un matériel spécifique assez peu répandu de nos jours (comme les écrans polarisés entrelacés et les lunettes actives).

L’avantage de l’anaglyphe est dans la facilité de diffusion et le nombre d’internautes accessibles, son facteur d’impact. Un autre avantage est dans la définition du document, le nombre de pixels de l’image stéréoscopique que l’on peut reproduire en même temps sur l’écran (d’autres solutions comme les vues parallèles ou croisées divisent intrinsèquement par deux la définition du document à l’affichage sur un moniteur). Pour ma part, j’aime une image stéréoscopique bien résolue dans les fins détails (le cerveau en a besoin), sinon elle n’est pas agréable à observer dans ces zones. C’est pour cette raison que je ne diffuse que des images d’au moins 1280 pixels de largeur avec une faible compression JPG. J’évite aussi un filigrane marqueur de copyright sur l’image.

J'ai parlé de l'intérêt de l'anaglyphe dans le cadre de la diffusion numérique sur l'internet mais il a aussi un intérêt si l'on veut produire un document papier. Imprimer des anaglyphes en offset pour un livre est encore une difficulté technique supplémentaire mais pour l'instant reste l'un des seuls moyens de diffuser un large ouvrage imprimé en relief. L'impression lenticulaire serait onéreuse en rapport. L'anaglyphe restera encore pour quelques temps un moyen de diffusion incontournable.

Il faut bien comprendre que l’anaglyphe n’est qu’un cas particulier de transport du relief. C’est bien une stéréophotographie d’après un couple d’images homologues au départ. Ces deux images peuvent être montées et projetées selon différentes techniques de restitution du relief. Ainsi, je dispose aussi d’un écran polarisé circulaire entrelacé (ligne paires/impaires) qui permet une restitution parfaite des couleurs mais qui divise la résolution verticale par deux. Pour pasticher Salvator DALI, « l’anaglyphe ce n’est pas spécialement moi ! ».

Quel matériel photographique utilisez-vous ?

Pour les objets mobiles ou les scènes de vie, j’utilise deux Canon G10 synchronisés par deux commandes Wireless. Il faut absolument une bonne synchronisation temporelle pour que les images soient cohérentes pour le cerveau. J’ai pu tester des Canon A720 remarquablement synchronisés par StereoData Maker.

Pour l’hyper-stéréo et les objets immobiles, j’utilise en deux temps un Canon EOS 350D avec un objectif de 10mm, ou un 200mm. Je trouve que le grand angle dans des lieux à grand volume fermé (cathédrale) est très propice au relief. L’hyper-stéréo permet aussi de magnifier les reliefs lointains. C’est absolument magique de pouvoir se balader dans une hyper-stéréo.

Je ne pourrai pas utiliser un appareil stéréoscopique avec une base non réglable. Pour ma pratique actuelle et selon le placement par rapport aux objets, je change trop souvent la base.

Avez-vous une préférence logicielle pour la réalisation du couple stéréoscopique ?

Oui, celui qui permet d’aller vite pour l’alignement des deux images homologues du couple stéréoscopique et surtout de manière très fiable : StereoPhoto Maker utilise l’algorithme mathématique SIFT pour la reconnaissance des points particuliers dans une image ; c’est le gros avantage de ce logiciel. Pour les autres fonctionnalités, je ne l’utilise que très peu. Mes anaglyphes sont quasi systématiquement retouchés dans un logiciel ad hoc. Je modifie souvent les couleurs, les rapports tons foncés / tons clairs. Selon le montage et le placement des volumes, je réalise une découpe de cohérence stéréoscopique. J’adapte aussi la dimension des documents avec le meilleur algorithme d’interpolation pour une visualisation en 1:1 sur un moniteur. Les zooms rapides des logiciels et des systèmes d’exploitation sont parfois très mauvais pour le relief (l’image prend un aspect flou et curieux). Je reste bien souvent conforme à la réalité sans surtraiter mes vues. Je n’aime pas trop les traitements forts car on les perçoit trop. Bien souvent je me limite à un filtre passe haut pour bien délimiter les contours, le cerveau accroche plus facilement le relief, l’image est plus saisissante.

Quelles sont les difficultés techniques majeures pour réaliser un bon anaglyphe ?

L’anaglyphe, c’est le transport ou codage du relief par la couleur. C’est là la difficulté et le défaut intrinsèque lorsqu’on veut produire des photographies couleurs en relief confortable pour notre vision. Au départ cette technique est plutôt adaptée pour le noir et blanc, alors il faut un compromis intellectuel. L’anaglyphe de qualité est sans doute le document stéréoscopique le plus compliqué à produire car il peut contenir de nombreux défaut lié à l’utilisation de la couleur pour transporter le relief. L’anaglyphe c’est un compromis sur les couleurs initiales qui seront souvent perdues. Certaines couleurs sont impossibles, inutilisable dans un anaglyphe car elles « vibreront », rendront l’image désagréable, donneront mal à la tête… il faut éviter les couleurs primaires utilisées pour le codage de l’anaglyphe c'est-à-dire bien souvent les rouges et les cyans purs (puisque l’anaglyphe rouge-cyan est un peu un standard de fait). La transformation des couleurs initiales par un calcul dit des « couleurs Dubois » est souvent avantageuse car il « équilibre » les flux lumineux sur les deux yeux par de nouvelles couleurs qui sont proches. Sauf pour les objets dont nous connaissons bien les couleurs (tuiles rouge, peau blanche, camion de pompier rouge), l’observateur ne sera pas choqué par la couleur approchée, compromise pour l’anaglyphe.

En résumé, les défauts sont le respect de la couleur, la perte de luminosité puisqu’on observe à travers des filtres. L’avantage est la pleine définition de l’image numérique par rapport aux techniques de restitution du relief qui la divise par deux (puisqu’il faut afficher deux images sur le même écran dans le cas des vues croisées, parallèles…). Il m’arrive de préférer une version anaglyphe à une version sur écran polarisé entrelacée simplement pour la définition de l’image.

 

3 vues d'un bois de châtaigniers. Notez l'influence des couleurs et du montage sur le rendu du relief.


© David Romeuf  - Anaglyphe couleur avec jaillissement


© David Romeuf - Anaglyphe couleur derrière le cadre


© David Romeuf  - Anaglyphe en noir et blanc

Pour vous, la résolution de l’image est importante, expliquez-nous pourquoi ?

J’y suis particulièrement sensible. J’ai besoin d’une image bien riche en pixels afin de bien voir les détails surtout dans les zones où il y en a beaucoup (forte fréquence spatiale comme l’herbe, les feuilles des arbres au loin, les tuiles des maisons au loin). Lorsque je manque d’informations sur des zones avec beaucoup de détails représentés sur peu de pixels, l’image n’est pas agréable et inconfortable. Un anaglyphe bien défini plein écran est bien plus spectaculaire et agréable qu’une petite vignette. Pour bien reconstruire le relief, le cerveau a besoin de beaucoup d’information. Il ne faut pas hésiter à lui en donner pour que les formes soient bien résolues à l’identique dans les deux images du couples.

J’ai la même approche en 2D, la trop forte compression MPEG JPEG est visible et accroche l’œil. La faible définition d’un document réduit son impact. L’échelle est aussi importante, ramener un plafond peint du Louvre ou de Figueras sur une carte postale n’est pas un cadeau pour l’œuvre.

Vous semblez être friand de grands espaces si l’on regarde votre site.
Y-a-t-il des sujets qui fonctionnent particulièrement bien en anaglyphe ?

J’aime effectivement les grands espaces en grand angle, dans des espaces fermés. Je trouve que ces images sont spectaculaires en relief où l’on perçoit le volume sur le haut de l’image (contrairement aux extérieurs sur le ciel sans limite). Je pense que le portrait en noir et blanc doit être particulièrement adapté à l’anaglyphe.

 

tous les articles de photo-stereo sur les anaglyphes :
Anaglyphe : une interview de David Romeuf
L'anaglyphe : un procédé à la portée de tous ?

 

Dernière mise à jour : 2009

   
             
             
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